Hector Berlioz, une vie tourmentée
Les Berlioz sont installés à La Côte Saint-André depuis 1600. Du temps du grand Hector, ils sont encore nombreux, mais établis dans différentes villes : « Nous étions 22 à la noce d’une de mes nièces, écrit Berlioz, venus de tous les coins de la famille : Grenoble, Tournon, Saint-Geoirs. On connaît également au compositeur « un grand cousin de Toulouse, et un cousin Auguste, de Lyon,. Comme on peut le lire sous la plume de P. Moulin, dans un bulletin de l’association nationale Berlioz, la famille Berlioz domiciliée à La Côte Saint-André est composée essentiellement de tanneurs : « Ils naissent, vivent et meurent dans leur moulin, le long du Biel. Ils travaillent dans de sombres masures en pisé qui se repassent de l’une à l’autre, l’eau venue du bassin du Château et qui s’en ira en cascade jusqu’au pré de la Chère…Seul le grand-père d’Hector, Louis-Joseph, sortira du lot, et installera ses descendants dans la bourgeoisie.
Né en 1747, Louis-Joseph est reçu Bachelier en Droit puis Licencié en Droit par l’Université d’Orange, en 1767. D’abord avocat « en Parlement du Dauphiné », il devient conseiller à la Cour des Comptes. En 1773, il épouse une de ses cousines, Espérance Robert, fille d’un médecin de Grenoble. Il meurt en 1815, laissant à ses héritiers une belle fortune terrienne.
Du côté maternel , le grand-père Marmion, avocat au Parlement de Grenoble possède une propriété au pied du Saint-Eynard. L’un de ses fils, « l’oncle Marmion », adjudant-Major de lanciers, était « grand amateur de violon », et « chantait bien l’opéra ». Le grand-père meurt très âgé, en 1837, son épouse sur laquelle on ne sait rien étant décédée en 1810..
Le père d’Hector Berlioz naît le 7 juin 1776, à la Côte Saint-André : « Maladif, timide, replié sur lui même », il est « tout l’opposé de son père. Devenu médecin de campagne , « un savant digne du grand siècle » selon Clerc Jacquier , il multiplie les travaux sur l’hydrothérapie, les maladies chroniques, l’acupuncture, qui font l’objet de publications parisiennes, et sont couronnés par l’Académie de Montpellier. « Libre penseur sans aucun préjugé social, politique ou religieux, élevé à l’opinion de Voltaire, Rousseau, Buffon, c’est un esprit libéral, éclairé, qui feuillette à toute heure le vieux Plutarque posé sur son bureau. Il ne se fait pas toujours payer les consultations, car sa nature est charitable. Pourtant il a un problème de santé sérieux qui pourrait le rendre irritable, une affection sévère à l’estomac qui le fait beaucoup souffrir. Il meurt le 26 juillet 1848.
Maudit par sa mère
Sa mère, Marie-Antoinette Joséphine Marmion, née en 1784 à Grenoble, apparaît comme une femme « très sympathique, belle, distinguée, de haute taille, très fraîche de teint ». Assez mondaine, elle fréquente les réceptions et les réunions. C’est le foie qui est malade chez elle, et la rend souvent acariâtre et agressive. Elle a des convictions religieuses « fort exaltées », et déteste le théâtre. A sa mort, Berlioz n’en éprouve nul chagrin, il est vrai qu’elle l’a « maudit », et il a pour elle ses mots durs dans ses « Mémoires » : « méchante mère ».
Hector Berlioz a eu trois frères et deux frères, Marguerite- Anne- Louise, dite Nanci, Louise-Virginie, Adèle, Louis-Jules-Félix et Prosper. C’est Adèle qui a la préférence d’Hector, et il reportera son affection sur ses nièces. Son frère Prosper, son cadet de 17 ans a l’esprit un peu dérangé, mais montre « de grandes disposition pour l’art musical », et fait preuve d’une extraordinaire faculté à résoudre les problèmes arithmétiques. Il meurt à l âge de 19 ans, d’une fièvre typhoïde ou d’une méningite.
Hector Berlioz, quant à lui, ne se présente pas d’emblée comme un enfant prodige : »aucun signe précurseur de sa vie tumultueuse, aucune manifestation de précocité ne caractérise son enfance.. » . A six ans il rentre au petit Séminaire (couvent des Recollets). Il n’y fait pas grand chose, car « lorsqu’il est rendu à sa famille, en 1811, il sait tout juste lire, écrire, calquler quelque peu.. ». Il étudie alors auprès de son père, et se plonge dans la lecture des œuvres de Voltaire, Rousseau, Florian, Bernardin de Saint-Pierre, etc. Dix ans plus tard, il obtient le baccalauréat. Son instruction offre certaines lacunes, et il n’entend rien aux langues étrangères. C’est pourtant Thomas Moore, traduit par Gounet qui lui inspire ses premières mélodies. Il fréquente aussi beaucoup le milieu littéraire français, Gautier, Balzac, Dumas, Eugène Sue, etc. Il met en musique des poèmes de Victor Hugo, dont « La captive » et « Sara la baigneuse ». Brouillé avec sa famille, Berlioz qui vit à Paris, rêve de partir au loin se faire engager comme musicien d’orchestre. (Son fils deviendra marin).
C’est à l’âge de 12 ans que sa passion pour la musique lui a été révélée, grâce à son père qui lui a fait cadeau d’un flageolet. Hector sait qu’il veut composer. Il écrit quelques duos et trios puis un quintet. Mais son génie ne s’est pas encore manifesté.
Adolescent, Hector Berlioz est une « nature nerveuse à l’excès. Sa conversation est inégale, brusque, emportée. Il est hypersensible, et souvent en proie à la « désespérance ».
C’est en 1924 qu’Hector Berlioz quitte La Côte Saint-André , après avoir opté pour la musique malgré les larmes de sa mère. En 1826, il se présente au concours du Prix de Rome, et se voit éliminé dès la première épreuve. Retour à la maison natale où il est fraîchement accueilli. En fin de compte, il obtient gain de cause et son père l’autorise à s’inscrire au Conservatoire. Il s’en va avec la malédiction de sa mère. En 1828, il finit par obtenir le deuxième grand prix de Rome, qui n’est malheureusement pas assorti d’une bourse. Il lui faut demander de l’argent à sa famille. Cette fois il est mieux reçu. En 1830, il a le Premier Grand Prix de Rome Il est malade à l’idée de partir pur Rome et de quitter sa fiancée Camille. Il ne reste que quatorze mois à Rome, et après un séjour à La Côte, il regagne Paris. En 1833 il épouse Harriett Smithson dont il a un fils, Louis. Hector fait des infidélités à Harriett, avec une chanteuse au caractère violent, Marie Recio. Ses concerts n’ont pas de succès à Paris. Mais en 1845, Vienne en Autriche, Budapest lui font un triomphe.
Son fils a 13 ans lorsqu’il rencontre son grand-père paternel, qui meurt peu après. Deux ans plus tard, en 1848, c’est le tour de Nanci, qui disparaît le lendemain de la première du « Requiem » à Saint Eustache. EN 1854, c’est le tour d’Harriett.
Vient ensuite le temps du « Te deum », de « L’enfance du Christ », et bientôt des « Troyens ». Paris le boude et lui préfère Wagner.
Le désir lui prend de retrouver Estelle, son premier amour, devenu Mme Fornier, et qu’il retrouve à Lyon, en pure perte. Sa solitude est immense. Il a la douleur de perdre son fils en 1867 Ses amis, inquiets ,le décident à répondre à l’invitation de la Grande Duchesse, et il se rend à Moscou et Saint-Pétersbourg, où « La Symphonie Fantastique » et le « Requiem » ont conquis de très nombreux mélomanes.
Il en revient hagard, complètement épuisé. Il s’éteint le 8 mars 1869, après être entré dans un « sommeil léthargique ».
Emma-tortue