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    April 30

    Fernand Bach

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    un comique-troupier grenoblois oublié

     

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    On ne voit plus aujourd'hui cette maison dont le bleu insolite arrêtait le regard, il y a peu de temps encore, lorsqu'on montait à Corenc, près de Grenoble, par la route de La Tronche. Repeinte en blanc, cette maison qui a abrité le comique-troupier, Fernand Bach, lors de ses séjours grenoblois, a perdu de son cachet.

    Fernand Bach (de son vrai nom Charles-Joseph Pasquier) est né au Fontanil, à quelques kilomètres de Grenoble, le 9 novembre 1882. Il donne très tôt dans la verve humoristique. A 16 ans, élève de Rhétorique au Lycée de Grenoble, il crée un périodique, "Le Crevant, journal gai, satirique, illustré".  Directeur de la revue, Charles qui a le coup de crayon alerte, en réalise les caricatures.

    Mais bientôt la passion du théâtre s'empare de lui. Il déclame avec conviction les tragédies antiques. Mais on ne le prend guère au sérieux. Une brave passante du Jardin des Plantes l'écoute, tandis que juché sur un banc, il s'est lancé dans une longue tirade. En guise de compliment, elle lui dit: "Comme ce serait mieux si demain vous veniez habillé en pioupiou (comique-troupier) comme Polin...!"

    Est-ce un signe du destin? Bach le croira toujours. A 17 ans il abandonne études et famille pour tenter sa chance dans le monde du spectacle. Sous le nom d'Alban, il se produit dans un caf'conc, proposant un répertoire que l'on jugerait niais de nos jours (quoique!) avec des titres comme "Ma Biribi", "J'ai faim" et le reste à l'avenant. Mais la chanson comique ne nourrit pas son homme, et Charles se retrouve écuyer dans le cirque Repetto. Pour quelques heures seulement, car d'un méchant coup de sabot, un vieux cheval le boute promptement hors du chapiteau. Pour une fois, Charles manque d'humour, et prenant très mal la chose, va se jeter dans le Cher.

    Sauvé par un pêcheur, il prend bientôt la route d'Aix-les-Bains, où on vient de l'engager. Il troque son pseudonyme pour celui de Bach, un nom qui lui portera bonheur. D'Aix-les-Bains à Grenoble, en passant par Nevers, Bach végète quelque peu, mais la réussite est pour bientôt. Vaudevilles, comédies, fantaisies militaires, opérettes, Bach s'essaie à tous les genres, jusqu'au kour où il se hasarde à revêtir le costume de Tourlourou. C'est le succès, le public reconnaît en lui un grand comique troupier. Il triomphe à Tunis avant d'affronter la capitale. Il est bientôt l'égal des Polin, Dranem et autres. Il reste pendant dix ans à L'Eldorado, où il lance "Avec l'ami bidasse", "La Caissière du Grand Café".

    C'est après la première guerre mondiale, en 1919 qu'il impose, en lieu des sempiternelles gaudrioles militaires, le fameux "Quand Madelon" auprès des soldats qui l'adoptent, et en font leur hymne.

     

    BACH ET LAVERNE

     

    Mais bientôt la vogue du comique-troupier passe. Bach doit songer à se reconvertir. Il se tourne vers le grand spectacle. Aux Folies Bergères il donne la réplique à Harry Baur. En 1926, il entre au Casino de Paris, et c'est la rencontre déterminante avec Laverne. Mais bien que la postérité ait retenu ce duo, cet épisode est de courte durée . Le cinéma muet fait appel à lui, et il est la vedette de quelques trente films, dont l'Histoire du 7ème Art n'a pas gardé la mémoire. Citons, entre autres "L'Affaire Blaireau" , "Mon curé chez les riches", ou plus connu "Le chasseur de chez Maxim's".

    Parallèlement à sa carrière de comédien, Bach enregistre des disques avec Henri Laverne. C'est à eux que l'on doit la première version de "Tout va très bien madame la marquise". Après une éclipse due à la seconde guerre mondiale, Bach retrouve ses tournées. Devenu aveugle, en pleine représentation, il subit plusieurs opérations. Et c'est dans le car qui le conduit à Rotrou avec la troupe du "Martyr de Bougival", qu'il est terrassé par une angine de poitrine. Il meurt quelques heures plus tard, le 19 novembre 1953... Il est enterré au Fontanil. Peu de gens connaissent encore son nom.

     

    Emma 

     

    April 14

    Jean E. Michel, une vie comme un poème

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    Le poète par Henri Martin

     

    "Le Facteur Cheval" de la poésie

     

    Jean-Edouard Michel appartient à une race de poètes en voie de disparition. Sait-il s'exprimer autrement qu'en vers, ce "poète de l'âme", et poète dans l'âme, pour qui la vie même n'est qu'un éternel poème toujours recommencé?

    Ce rêveur qu'inspire le frémissement de la feuille agitée par le vent, ou l'itinéraire fantasque d'un nuage, ignore les affres de l'écrivain en mal d'inspiration.

    Impromptus, sonnets, maximes, joliment rimés, fleurissent inopinément sous sa plume alerte, à la moindre sollicitation. Poèmes de circonstances, si l'on veut, de facture agréablement classique, qui reflètent l'extraordinaire faculté de s'émouvoir et de s'émerveiller d'un "naïf", dans la plus belle acception du terme.

    Facteur Cheval à sa manière, Jean E. Michel amasse les trésors que la nature recèle dans la prodigalité de ses formes et matériaux. Galets, feuilles, racines, écorces et souches suggèrent à l'imagination de cet artiste inclassable de surprenants parallèles. Un poème en formule immanquablement les implications symboliques. Anthropomorphisme du meilleur aloi que nourrit un amour bienveillant de la création. Là où votre oeil prosaïque ne verra que vagues graffitis gravés par le temps sur l'arrondi d'une pierre, il découvrira l'oiseau figé dans son envol, et un quatrain l'aura tôt signifié.

    La maison de Jean E. Michel est à son image. Comme Montaigne couvrait les murs de sa bibliothèque de ses réflexions et pensées, notre poète a fait de son appartement un véritable temple de la poésie. De toutes parts, sur les meubles, contre les tapisseries, glissés parmi les bibelots les plus hétéroclites, des poèmes écrits de sa main, des envois ignorés sans doute de leurs destinataires. Toutes les circonstances inextricables qui composent le destin humain y sont célébrées, depuis l'amour d'une mère jusqu'à l'âge de la sagesse, en passant par les rêves de jeune fille.

    Les casseroles ont été définitivement bannies de la cuisine, sanctuaire dévolu aux plantes et à la poésie. Il n'est pas facile de remplir son rôle de ménagère lorsqu'on a épousé un poète!

    Poète par toutes ses fibres, Jean-E; Michel effeuille les fleurs du beau, fleurs de mélancolie aussi, car cet adorable retraité n'a jamais connu "le doux sourire d'une mère".  Elevé à l'orphelinat de La Côte Saint-André, il a toutefois eu la chance de trouver une mère adoptive, professeur de piano à Grenoble, qui a encouragé son talent.

    Jean E. Michel a composé tant de poèmes qu'il ne peut en estimer le nombre. Combien de volumes seraient nécessaires pour rendre compte de l'ampleur de son oeuvre.

    Jea E. Michel a chanté maintes fois Grenoble et le Dauphiné sur des pierres, des photographies, des calendriers.  Qu'il soit cher à nos coeurs cet homme d'un autre temps, dont la poésie n'a pas d'âge, et qui imperméable à la laideur, pose sur toute chose un regard d'une telle beauté..

     

    Emma

     

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    April 05

    sur le chemin des étoiles, Pierre Mélet

     

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    PIERRE MELET, BERGER-ECRIVAIN
     
    Quand un berger écrit, qu'écrit-il? Des histoires de bergers, bien sûr... Pourquoi éprouve-t-il le besoin de les raconter? Pourquoi un berger est-il devenu écrivain. Disparu en 1991, Pierre Mélet nous avait fait quelques confidences.
    Sans doute parce qu'il était conscient de détenir le secret de la vraie vie. Sans doute aussi parce qu'il avait compris l'urgence de recueillir et transmettre le message d'une civilisation pastorale dont la survivance tient du miracle. Mais encore, pour apprendre au monde la sagesse et le savoir profonds des bergers.
    "Ces bergers si proches de la nature qui s'interrogent si volontiers sur le devenir du monde, avec une si belle connaissance de la terre, de l'herbe, des arbres, des animaux, des saisons, du ciel, ne sont-ils pas les éléments déterminants des équilibres et les gardiens de la vie?"
    A 73 ans, âge auquel nous l'avons rencontré Pierre Merlet avait échangé sa houlette contre la plume, mais sa montre était toujours réglée à l'heure du berger..
    Ecrivain, Pierre Mélet l'était déjà du temps où il conduisait son troupeau immense à travers les pâturages austères des Hautes-Alpes. Car son chant d'amour n'avait point été chanté jusqu'à ce jour de 1945 où, au sortir de longues années d'obscurité et de laideur, le berger ressentit la nécessité de "se purifier" des souillures que la guerre et l'occupation avait répandues sur tout le pays. Le retour "à la pureté primitive" d'une vie de beauté parmi les plantes et les bêtes lui rendit cette bienveillance sereine que, du fond de sa solitude, chaque berger étend à tout l'univers. Il écrivit "Le Galvaudeux", roman de la vie d'un berger en Normandie, afin que d'autres, nombreux, partagent cette grâce qui venait de lui échoir de nouveau.
    Cette fois, c'est à Antonaves, petit village des Hautes-Alpes, qu'elle descendit sur lui. Mais avant de devenir le chantre de sa seconde patrie, Pierre Mélet voulut témoigner des joies que lui avait procurées, sous le ciel normand, le choix du métier de pasteur, et plus encore, celui d'une forme d'existence.
    Issu de plusieurs générations d'éleveurs, Pierre Mélet fut quelque temps instituteur avant que ne parlât en lui la voix de l'hérédité.: "Berger par vocation et par atavisme" se présentait-il. C'est ainsi qu'il s'en fut garder les moutons que les éleveurs lui confiaient par troupeaux de trois cents puis de sept cents ou huit cents bêtes.
    Berger, Pierre Mélet l'était dans l'âme. . Indépendant, solitaire, contemplatif, adorant la marche et le grand air, il était l'homme des plénitudes à qui la nature prodiguait ses richesses. Chaque jour le voyait renouveler ses escapades lointaines en compagnie de son chien, pour que pussent paître en toute quiétude la très douce population ovine.
    Lorsqu'il s'installa dans les Hautes-Alpes, il y découvrit l'exceptionnelle vitalité de la tradition pastorale et la splendeur d'un paysage dont Jean Giono a exalté la "saine beauté". Le même Jean Giono qui, en 1964, devait préfacer l'ouvrage que Pierre Mélet avait consacré à son village adoptif sous le titre "Antonaves, mille ans d'histoire".
     
    AU SERVICE DES BERGERS
     
    Dès les années 1950, Pierre Mélet assuma les fonctions d'assistant-berger auprès des syndicats ovins. Le souvenir de ces responsabilités demeure à travers son livre "Trente années au service des bergers". Ce fut encore "bergers mes amours", puis "Le chemin des étoiles" que lui inspira la mort d'un jeune fils de berger.
    A l'occasion d'une grande frérie des bergers alpins, organisée le 28 avril 1980, à Souliers-en Queyras, cet ouvrage fut remis solennellement à la famille. Geste merveilleux d'amitié et de fraternité. Journée bénie entre toutes et dont tous les bergers présents conservent un souvenir illuminé. Pierre Mélet devait en exalter la mémoire dans une plaquette touchante conçue comme un livre d'or que beaucoup signèrent alors ("Tant qu'il y aura des bergers").
    "Je suis un homme heureux" aimait à répéter Pierre Mélet. Et on le croyait volontiers à considérer son visage rayonnant, sa ferveur pondérée et l'allégresse généreuse qui faisait briller son regard. Et certes, s'il n'a pas de cailloux dans son soulier, il peut marcher en regardant les étoiles (comme dit le proverbe) celui qui en connaît si bien le chemin.
    Berger parmi les bergers, Pierre Mélet répandait la bonne parole auprès de tous et laissait venir à lui les enfants et les pastoureaux qui avaient le "courage" d'opter pour ce "dur" métier.
    On l'aura compris, Pierre Mélet n'était écrivain que parce qu'il était "l'étoile"   des bergers.
     
     
    EMMA

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